venerdì 13 gennaio 2012

POUR LA FAMILLE AUTHENTIQUE ENRACINÉE SUR LA PERSONNE (SUITE).

         L’humanité vit de liens. C’est un élément évident que même l’expérience impose au-delà des arguments relatifs au corps. Quand l’homme dans son existence, se retrouve en face de difficultés sans solution et les randes questions de son existence surtout par exemple du sens de sa vie, il éprouve le besoin de s’ouvrir à un autre[1]. Il quitte son sommeil, lequel peut être comparé à la solitude, et s’engage dans un exode libérateur puis chemine vers l’Autre ou vers les autres comme vers la lumière. Le repli sur soi, l’autarcie, le soliloque est l’analogie de la caverne de Platon comme chemin de suicide or l’altérité, la réciprocité relationnelle, l’intersubjectivité est comme embrayeur anthropologique par lequel chaque homme révèle davantage son identité et accomplit sa personne. Avec Aristote, la conception classique de l’homme comme animal social implique assez bien la réciprocité. Au-delà de toutes normes ou mécanisme, c’est pour l’homme, une aspiration de grande portée que de se donner aux autres, pour déployer sa nature.
         L’homme est ainsi naturellement prédisposé vers la communauté humaine. Maurice Nédoncelle[2] pour la première fois en 1942 aborda la question de la réciprocité dans le cadre de la notion de relation vue comme l’élément fondateur de chaque réciprocité à partir de la philosophie comme point de départ pour aboutir à l’expérience. Est relation réciproque celle qui voit les êtres tendus et orientés les uns vers les autres et entre lesquels, s’établit un lien qui donne direction et sens à leur être, les uns en face de l’autre, avec les autres et pour les autres. Exister c’est sortir sans cesse de son circuit fermé, se montrer et rencontrer le prochain. Ainsi chaque relation présente une référence de sens et de lien, signifiée dans la réciprocité où la vie et l’identité de qui s’ouvre au voisin, ne sont jamais absorbées mais mieux consolidées. Le concept de personne comporte un paradoxe lorsqu’il se définit ensemble individu et relation. De fait Jacques Maritain distingue le concept d’individu de celui de personne en affirmant que: en tant qu’individu chacun de nous est un fragment d’une espèce, une partie de cet univers, un point singulier de l’immense réseau de forces et d’influences, cosmiques, ethniques, historiques, dont il subit les lois; il est soumis au déterminisme du monde physique. Mais, chacun de nous est aussi une personne, en tant que personne il n’est pas soumis aux astres, il subsiste tout entier de la subsistance même de l’âme spirituelle, et celle-ci est en lui un principe d’unité                                       
         L’intersubjectivité s’imposant comme un fait évident d’expérience où le mouvement d’exode, le sortir de soi pour créer la relation, demeure essentiel pour le don de soi, chacun devient être au-delà de lui-même, parcourant ce chemin à travers un lien de désir et d’attente, d’offrande et d’abandon, d’accueil et de don car aucune personne n’est autosuffisante. Pour subsister et s’accomplir chacun a besoin de quelqu’un qui lui soit proche. Chacun vit alors inséré dans un réseau de rapports qui le disposent et l’habilitent à exister dans la plénitude, cheminant dans le dialogue, parfois même conflictuel entre dépendance et autonomie. Ainsi le bébé dès sa naissance ne pourrait pour le moins survivre tout seul. Même étant destiné à la libre expression de soi, il dépend physiquement de l’aide de quelqu’un qui lui soit proche. Du coup, dans l’être humain, la relation avec la mère et le père devient médiatrice, de la réalisation de soi et du mode de l’accomplir. Voilà pourquoi l’intuition qu’indique le don et qui transite par la relation réciproque, par l’altérité comme lieu où chacun investit son existence, établit la personne dans la sphère symbolique et lui évite toute réduction.

Célestin AVOCAN
celzath@libero.it

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[1] Cf. S. GRYGIEL, Extra comunionem personarum nulla philosophia, PUL, Roma 2002, 8-20. L’auteur précise que quand l’homme se refuse de s’ouvrir aux autres dans les impasses, il choisit tout simplement de refuser toute aide sauf le suicide car pour se donner ou trouver sens à quoique ce soit, il faut toujours se référer à une autre réalité que soi même. Grygiel de fait, à la page 8, affirme dans la logique de la communion que le sens est toujours d’une autre nature ou origine en regard de ce dont il est sens ou donne sens. Ainsi le sens de l'argent n'est pas l'argent car pour le savoir il faudra sortir de l'argent et l’abandonner. Dans le cas du sens de la vie, on a la même situation. Seule la mort ouvre à l’homme, l’occasion de se référer à l’Hétérogenèse et de s’orienter vers l’Autre pour se poser les grandes questions. Notre note n. 7 de pied de page illustre assez bien le mouvement d’une recherche de sens hors de soi même.
[2] Cf. M. NEDONCELLE, La réciprocité des consciences. Essai sur la nature de la personne, Aubier- Montagne, Paris 1942.
[3] J. – R. MARITAIN, La personne et le bien commun, in Œuvres Complètes, IX Ed. Universitaires Fribourg-Suisse/ Ed. Saint Paul, Paris 1947-1951, 190.

POUR LA FAMILLE AUTHENTIQUE ENRACINÉE SUR LA PERSONNE

      Tout en tenant compte des multiples analyses et essais sur l’homme, nous allons privilégier la perspective du don. De fait, aucune réflexion pour systématique et scientifiquement argumentée qu’elle soit, n’est en mesure d’épuiser par son explication, l’humain. Par expérience[1], on n’emprisonne pas la lumière, elle s’irradie toujours de par les doigts. La personne humaine aussi survit ainsi à toute définition et ne rentre pas dans la catégorie des objets explicables à partir de leur forme apparente. La personne s’accomplit plutôt à travers le processus de la vie. On la découvre et on la reconnaît mieux dans le don réciproque et dans la collaboration à faire, à fabriquer ou à produire. Malgré tout cela la personne humaine semble une surprise permanente, un mystère. A partir du rôle médiateur du corps humain, nous comprendrons les relations qui à travers les dons acquièrent une visibilité et constituent des liens où chacun dans un mouvement de don et de réception enrichit son identité.
      En réalité, le corps humain passe infiniment la masse matérielle qu’on lui perçoit et à laquelle on le réduit. Le corps individualise et indique son porteur mais l’homme n’a pas que son corps, il est surtout son corps et à ce titre c’est par et avec son corps que l’on perçoit les réelles aspirations humaines. Par ricochet si l’homme est plus que son corps, les faits extérieurs ne suffisent pas à eux seuls, pour comprendre la vie d’une personne. On a besoin de connaître ses rêves, ses rapports avec la famille, ses états d’âme, ses frustrations et déceptions, ses maladies, sa mort. En effet l’unique vraie unité de la personne est celle qui synthétise les contradictions et les irrationalités. Jean-Paul II, dans ses catéchèses de mercredi a tenté de main de maître, de lire le texte que représente la personne humaine à partir de la merveille du corps sexuellement différencié. Pour le pontife, c’est la différence sexuelle qui oriente les hommes, les uns vers les autres. C’est à travers elle que se déclenche la tension qui stimule chacun à sortir de soi, en un exode vers les autres. A travers l’expérience de la différence sexuelle, toute présence de l’un devient souvent enrichissement pour l’autre et la vérité de la personne advient dans ce dialogue. C’est donc dans et à travers son corps, que l’homme existe comme personne ex-statique de l’autre personne, suivant son désir d’être davantage lui-même. Pour Jean-Paul II, le corps est à ce titre, le sacrement primordial de la création comme don et qui invite au don de soi[2]. Cela veut dire que la vérité de la personne humaine est communion et non quelque chose de privé. A ce sujet, les trois premiers chapitres du livre de la genèse utilisés par le pape, restent assez suggestifs. L’esthétique du corps humain, l’esthétique de son exode hors de lui-même introduit dans le processus de la naissance de la société comme renaissance continuelle de chaque personne s’ouvrant à une autre. Ainsi le corps pose l’homme à sa place de créature, certainement au sommet des choses créées mais le corps est aussi le moyen par lequel l’homme personnalise toute la création. Le corps est donc le lieu où intervient la médiation entre l’homme et le monde puis entre l’homme et son Créateur.
      Nous nous approprions ici, non seulement des convictions de l’anthropologue et vice-président de l’Académie pontificale pour la vie monseigneur Jean Laffitte[3], mais nous donnons ici écho également tant à la Gaudium et spes[4] qu’aux convictions anthropologiques de la phénoménologie personnaliste selon laquelle le corps pour Gabriel Marcel est une frontière oscillant entre l’avoir et l’être, mi chemin entre un objet passif, subi (Korper) et un fait ou une réalité assumée (Leib). Le corps dans son rôle de médiation entre l’homme et son créateur confère alors une dignité particulière à l’homme puis met en lumière un double aspect de son origine et de sa destination: il est créé par Dieu, il ressuscitera au dernier jour. L’homme dans sa corporéité synthétise ainsi en soi, à travers l’unité de l’âme et du corps, les éléments du monde matériel qui également à travers lui sont orientés vers la transcendance. Il n’est alors pas bien de réduire le corps à une matérialité manipulable à loisir[5], ni de déprécier le corps humain qui est par excellence lieu fondateur de toute relation et surtout lieu de révélation de la personne.

Celestin AVOCAN
celzath@libero.it

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[1] Cf. A. SCOLA, Il Mistero Nuziale. 1. Uomo-Donna, PUL, Roma 2006, 5. L’auteur évoque la longue chaîne d’auteurs qui depuis des millénaires ont voulu comprendre ce qu’est l’amour et pourtant la réalité continue à échapper à toute définition. Si l’amour demeure une dimension constitutive de la vérité sur la personne humaine, la réflexion de Evdokinov sur le sacrement de l’amour et rapportée par Scola montre ici sa pertinence quand il dit, personne du nombre des poètes et des penseurs n’a trouvé la réponse à la question: qu’est ce que l’amour? (…) Voulez-vous emprisonner la lumière? Elle vous échappera par les doigts. « Nessuno tra i poeti ed i pensatori ha trovato la risposta della domanda: Che cosa è l’amore? Volete imprigionare la luce? Vi sfuggirà tra le dite». 
[2] Cf. JEAN-PAUL II, Homme et femme il les créa. Une spiritualité du corps, Cerf, Paris 2005, 103-106.
[3] Cf. J. LAFFITTE (a cura di) , « La vocazione dell’uomo alla comunione», in Amore coniugale e vocazione alla santità, Effatà Editrice, Torino 2006, 25-39.
[4] Cf. CONCILE OEUCUMENIQUE VATICAN II, Gaudium et spes, n. 14; 22. L’incarnation du Christ au delà du fait qu’elle constitue un objet d’étude, dans l’expérience constitue premièrement pour chacun, une source de lumière pour atteindre la vérité de l’existence. De plus, en la seule et unique personne du Christ nous avons, réunies deux natures distinctes, la nature humaine et la nature divine où la nature divine n’anéantit pas celle humaine; voilà surtout une lumière pour l’analogie corps-âme (cœur) qui constitue et révèle aussi la personne humaine comme totalité concrète puis comme condensé de liberté et d’amour, deux pôles qui, au contraire au lieu de s’opposer, sont en étroite relation.
[5] Cf. JEAN-PAUL II, Veritatis splendor, n. 91 et la note 143. Un important développement sur le martyre comme signe de l’inviolabilité de l’homme capable de perdre, et en premier la vie corporelle, plutôt que d’offenser ou de porter atteinte à la justice et à la vérité divine. L’extrait cite en exemple la dimension corporelle d’un tel sacrifice en évoquant Jean-Baptiste: à cause de son refus de taire la Loi de Dieu.

DIEU A-T-IL SON POSTE DANS TA FAMILLE ? EST-IL PLUTÔT L’INTRUS A LA PORTE ?

      Face à la tentation de la division, de la rupture, du divorce et du péché, l’homme vit un double dilemme : il est libre de se tourner vers Dieu, d’entrer en relation avec la personne divine ; ou au contraire de se tourner davantage encore vers lui-même.
      L’homme effectue un repli sur soi conscient et, rejetant ainsi Dieu, se retourne contre Lui. Cet « amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » selon Saint Augustin ; se présente le plus souvent comme repli sur soi et se manifeste à travers un amour désordonné de soi- c'est-à-dire, non ordonné à Dieu avec lequel il est en relation et conduit fatalement l’homme, par orgueil, à déterminer sa propre vision de la vie, du bien et du mal dans une expérience de vie vide de sens.
La crise d’identité qui a cours de nos jours a certainement pour fondement, cette dimension tautologique de penser et d’aimer. Je suis moi et rien ne me pousse à me préoccuper de toi car je ne veux rien savoir de ta vie. Ainsi je me sens en paix .Je me préoccupe de mes affaires; débrouille toi pour les tiennes. Tel semble en être l’idée de base.
      Mais qui peut porter de l’avant sa vie sans avoir besoin d’un autre? S’ouvrir aux autres n’est-il pas le signe que nul possède quelque chose qui ne lui soit advenu sans transiter par le truchement des autres? La crise d’identité de l’homme a donc souvent comme racine le refus du don de soi ou encore la résistance au don et la fermeture dans le cocon du repli sur soi. On imagine se suffire dans la façon de penser, on se convainc de pouvoir exister par soi; tout autour de soi provoque gêne sinon devient enfer que l’on identifie aux parents, aux enfants, aux amis. Le trésor, la perle, la beauté, on les identifie à soi-même et on diabolise les autres. C’est le refus de la différence qui étouffe toute altérité par une rébellion désireuse de réduire les autres aux fantasmes personnels. On pense ainsi Dieu seulement comme la force soumise à nos propres caprices et fantaisies sinon on le maintient à la porte tant que des exigences familiales ne rendent nécessaire le recours à Lui. C’est encore un mépris de Dieu par démesure de l’amour de soi-même.
      Cette attitude de repli sur soi que nous nommons tautologie enlève à chacun son prénom et son nom et transforme l’homme en objet car c’est la relation qui valorise la personne humaine comme née d’un père et d’une mère. Lorsque la famille se replie donc sur elle-même, elle brassera certainement du vide sinon du vent, de la haine, de l’anxiété. En effet le nom et le prénom ne sont-ils pas pour tout homme, la mémoire de l’altérité où chacun est soutenu dans un arbre généalogique?
      Chaque famille s’appuie ainsi sur une autre famille et remonte à la Famille de Dieu qui est Trinité. Voilà pourquoi qui rejette les autres, met également Dieu à la porte. Dans ces conditions dites-nous comment retrouver le prix du sacrifice et du don de soi pour les autres? Le mépris de Dieu ne donne-t-il pas lieu à la loi du chacun pour soi? Qu’en dites-vous? Que deviendrait la vie si chacun perd la mémoire du lieu d’où il provient?La crise de la paternité et de la maternité n’est-elle donc pas également liée à la crise de la filiation et à la crise de la foi?
      Comprend on alors pourquoi l’amour ne peut pas demeurer seulement une question privée et qu’on puisse l’ouvrir à travers des institutions à la vie publique et à sa dimension religieuse? Ton amour concerne la société, il concerne Dieu et l’Église si tu te décides à te réaliser en fondant une famille et non à jouer.

Celestin AVOCAN
celzath@libero.it

mercoledì 31 agosto 2011

LE DENIER CULTUREL A PAYER POUR LA FAMILLE

      La famille selon ses manifestations propres, se présente en tant que institution naturelle, divine et culturelle. Son cachet naturel est lié à sa dimension de lieu de la génération et de l’éducation : la vie y surgit entre un homme et une femme, unis par l’amour pour la vie à partir et à travers le mariage c’est à dire, des pratiques, des usages et des coutumes propres à chaque culture qui fondent et mettent en évidence dès le départ, le caractère public et définitif de leur engagement qui s’exprime comme une communauté où on vit ensemble en s’aimant. La famille permet dans ce sens, à plusieurs générations de se côtoyer, les grands parents, les parents, les enfants.
      Malgré cette communion, chaque famille fait l’expérience de sa propre vulnérabilité à travers les imprévus, les manques, les blessures de la vie, ensemble de chose qui la renvoie à un au-delà d’elle même comme ouverture à la transcendance. La famille ne peut être en elle même sa propre fin. Percevoir les valeurs familiales ne doit pas conduire au familialisme. Il peut exister un totalitarisme familial comme il existe un totalitarisme étatique. La famille en effet peut devenir étouffante, possessive, intolérante. Chaque famille a besoin des autres familles comme modèle et exemple puis de s’appuyer sur une espérance qui dépasse sa propre expression matérielle. En famille, n’a-t-on pas besoin de courage, de joie, d’espérance, de prévoir le futur, de se donner l’un à l’autre, de supporter ensemble les souffrances ? Ces aspects réclament un au-delà de la famille qui suggère que la famille nécessite et renvoie « un ailleurs » qui est Dieu si elle ne veut pas manquer de souffle chemin faisant.
      La dimension culturelle de la famille se déploie à travers l’effort conjugué de toutes les époques dans le temps et dans l’espace d’améliorer les moyens et les personnes pour offrir à la famille de devenir toujours plus un réel cadre d’humanisation où au fil des ans l’homme devient plus homme et se préoccupe davantage d’être -plus que d’avoir - plus. Malheureusement, l’engagement culturel de la société semble parfois combattre le caractère naturel de la famille au nom du progrès que de l’aider. Ainsi en pâtit la société et parfois la vérité de la personne et de la famille est gommée sinon sacrifiée à l’autel de l’orgueil des hommes de culture. Les institutions ou les personnes qui en prennent la défense sont couvertes de sarcasme car les pouvoirs d’ardent, de sexe et de drogue, retentissent plus fort des fois que la vérité.
      On peut alors par moments s’interroger : Quel avenir pour la famille ? Cette question suscite sans doute chez beaucoup, une inquiétude. Quel est donc l’avenir de cette famille fragilisée, soumise à tant de crises, devenues, selon l’expression de Louis Roussel ‘’incertaine’’, incertaine aussi bien dans ses formes, ses normes, ses valeurs, ses rites, que dans son aspect institutionnel ? L’homme d’Eglise, le passionné d’anthropologie et de philosophie Jean-Paul II a décrit dans les années 80, la famille contemporaine en des termes bien suggestifs : 
      «La situation dans laquelle se trouve la famille présente des aspects positifs et négatifs: les uns sont le signe du salut du Christ à l'œuvre dans le monde; les autres, du refus que l'homme oppose à l'amour de Dieu.
Car, d'une part, on constate une conscience plus vive de la liberté personnelle et une attention plus grande à la qualité des relations interpersonnelles dans le mariage, à la promotion de la dignité de la femme, à la procréation responsable, a l'éducation des enfants; il s'y ajoute la conscience de la nécessité de développer des liens entre familles en vue d'une aide spirituelle et matérielle réciproque, la redécouverte de la mission ecclésiale propre à la famille et de sa responsabilité dans la construction d'une société plus juste Mais, par ailleurs, il ne manque pas d'indices d'une dégradation préoccupante de certaines valeurs fondamentales: une conception théorique et pratique erronée de l'indépendance des conjoints entre eux; de graves ambiguïtés à propos du rapport d'autorité entre parents et enfants; des difficultés concrètes à transmettre les valeurs, comme bien des familles l'expérimentent; le nombre croissant des divorces; la plaie de l'avortement; le recours sans cesse plus fréquent à la stérilisation; l'installation d'une mentalité vraiment et proprement contraceptive.
      A la racine de ces phénomènes négatifs, il y a souvent une corruption du concept et de l'expérience de la liberté, celle-ci étant comprise non comme la capacité de réaliser la vérité du projet de Dieu sur le mariage et la famille, mais comme une force autonome d'affirmation de soi, assez souvent contre les autres, pour son bien-être égoïste.
      Un autre fait mérite également notre attention: dans les pays du tiers monde, les familles manquent souvent aussi bien des moyens fondamentaux pour leur survie, tels que la nourriture, le travail, le logement, les médicaments, que des plus élémentaires libertés. Dans les pays plus riches, en revanche, le bien-être excessif et l'esprit de consommation, celui-ci étant paradoxalement uni à une certaine angoisse et à quelque incertitude quant à l'avenir, enlèvent aux époux la générosité et le courage de susciter de nouvelles vies humaines: souvent la vie n'est plus alors perçue comme une bénédiction, mais comme un péril dont il faut se défendre.
      La situation historique dans laquelle vit la famille se présente donc comme un mélange d'ombres et de lumières.
      Ce mélange montre que l'histoire n'est pas simplement un progrès nécessaire vers le mieux, mais un avènement de la liberté, et plus encore un combat entre libertés qui s'opposent, c'est-à-dire, selon l'expression bien connue de saint Augustin, un conflit entre deux amours: l'amour de Dieu, poussé jusqu'au mépris de soi; l'amour de soi, poussé jusqu'au mépris de Dieu.
      Il s'ensuit que seule l'éducation de l'amour enracinée dans la foi peut conduire à acquérir la capacité d'interpréter les «signes des temps», qui sont l'expression historique de ce double amour » (Familiaris Consortio n° 6).
      A ces avancées se joint un avantage de toute situation de crise : cela fait réfléchir. La crise est ‘’un moment critique’’ qui conduit à poser les questions fondamentales, à être plus conscient, à s’interroger sur l’essentiel et l’accessoire, dans de nombreux cas à rechercher l’authenticité. Mais les mutations récentes ont été cause de beaucoup de souffrances : notre société peut elle continuer à prendre en dérision au vu et au su de tous des vérités existentielles qui engagent l’avenir de tous ? Que sert à l’homme toute sa peine sous le soleil si c’est pour détruire ? Osons ensemble quelque chose dans ce cadre de débats pour contribuer à la construction du futur. Mais sur quels aspects devrions nous, nous pencher davantage sans alarmisme ni négativité ? Notre conviction demeure que malgré tout c’est toujours exaltant d’oser fonder une famille car la famille au-delà de sa fragilité est l’avenir de la société.

Celestin AVOCAN
celzath@libero.it

domenica 21 agosto 2011

SOS: SANS LA SAUVEGARDE DES RELATIONS SAINES PAS DE VISION DU BIEN COMMUN NON PLUS

      L’être humain est structuré comme un être de relation. De fait, chacun est orienté vers un autre. Ceci se note déjà à travers la vie reçue. Cette vie par ailleurs ne grandit qu’avec la médiation de plusieurs autres personnes. Ainsi la relation détermine l’équilibre personnel. La vie pour cela n’est pas séparation ni repli sur soi. Elle est, avant tout, participation, élan d’amour qui implique un exode de soi vers un ailleurs que soi. Au père, restera alors habituellement liée, dans toute culture, par exemple, l’idée de filiation subséquente à une vie d’union de deux personnes de sexe différent, ouvertes à la fécondité. Cette expérience excède toute définition et toute conceptualisation: elle s’ouvre plutôt au don. Cette vision valorise davantage la famille comme lieu du donner et du recevoir où chacun se reçoit en tant que personne (pro-soppon en grec) comme « un dérivé de », toujours en tension pour communiquer quelque chose de soi à l’humanité de qui chacun reçoit infiniment par le biais des diverses générations. La famille comme telle est lieu de devoir et de droit parce que école d’humanité.
      Malheureusement au fil des ans, chacun assiste impuissant au spectacle de la famille qui passe étonnement culturellement pour lieu de profit, de violence, du règlement de compte où prédomine la logique de l’opposition et du conflit de l’un contre l’autre ou du tous contre tous ; mais sans doute parce que prédomine la logique du calcul, de l’instrumentalisation, du divorce, du contrat contre la dynamique du don. Se donner est-il un prêt de soi-même pour un temps quitte à réviser ses intentions dès qu’on le veut ? Si tel en est le cas, on imagine que la société puisse disposer des techniques les meilleures actuellement mais soit en perte de vitesse en ce qui concerne l’humanum. Où sont les personnes à imiter? Progrès ou régression ?
      Réagissons au contact du texte ci-après qui est une interpellation à soigner les relations pour sauver le bien commun à partir de la familiale : 
      «Nous avons tous à cœur le bien des personnes que nous aimons, en particulier de nos enfants, adolescents et jeunes. Nous savons, en effet, que c'est d'eux que dépend l'avenir de notre ville. Nous ne pouvons donc qu'être attentifs à la formation des nouvelles générations, à leur capacité de s'orienter dans la vie et de discerner le bien du mal, à leur santé non seulement physique, mais aussi morale.
      Éduquer n'a toutefois jamais été facile et cela semble devenir encore plus difficile aujourd'hui. Les parents, les enseignants, les prêtres et tous ceux qui exercent des responsabilités éducatives directes le savent bien. On parle donc d'une grande "urgence éducative" confirmée par les échecs auxquels se heurtent trop souvent nos efforts pour former des personnes solides, capables de collaborer avec les autres et de donner un sens à leur vie. Nous en rejetons alors spontanément la faute sur les nouvelles générations, comme si les enfants qui naissent aujourd'hui étaient différents de ceux qui naissaient jadis. On parle, en outre, d'une "fracture entre les générations", qui existe certes et qui est importante, mais qui est l'effet, plutôt que la cause, du manque de transmission de certitudes et de valeurs.
      Devons-nous alors rejeter la faute sur les adultes d'aujourd'hui, qui ne seraient plus capables d'éduquer? La tentation de renoncer est certainement forte, chez les parents et chez les enseignants et, plus généralement, chez les éducateurs, et plus encore le risque de ne pas même comprendre quel est leur rôle ou mieux, la mission qui leur est confiée. En réalité, ce qui est en question ce sont non seulement les responsabilités personnelles des adultes ou des jeunes, qui existent effectivement et ne doivent pas être cachées, mais aussi une atmosphère diffuse, une mentalité et une forme de culture qui conduisent à douter de la valeur de la personne humaine, de la signification même de la vérité et du bien, en dernier ressort, de la bonté de la vie. Il devient alors difficile de transmettre d'une génération à l'autre quelque chose de valable et de certain, des règles de comportement, des objectifs crédibles autour desquels construire sa vie».

(Message du pape Benoit XVI à la ville de Rome le 21 janvier 2008). Comment redonner aux familles la splendeur de leur vérité comme lieu des relations les plus saines?

Celestin AVOCAN 
celzath@libero.it

sabato 20 agosto 2011

POUR QUI ES TU PRET A MOURIR?

         Le polonais Maximilien Marie Kolbe (8 janvier 1894-14 aout 1941) a été emprisonné par les nazis à Auschwitz au cours de l'année 1941. Il se retrouve pris dans une situation périlleuse avec d’autres prisonniers du camp, suite à une évasion. Le commandant du camp décide de faire exemple à partir de l’incident. Il choisit alors dix hommes pour les envoyer au cachot, sans eau ni pain, jusqu'à ce qu'ils meurent tous. Voyant un des dix, nommé François Gajowniczek, supplier son rachat à cause de ses enfants, Maximilien Kolbe se porte volontaire pour prendre sa place, invoquant son propre âge avancé.
         Pris de stupéfaction, le commandant SS accepte et envoie le prêtre au bunker 14 avec les neuf autres prisonniers. Tous mourront là-bas sauf le religieux apparemment plus résistant, et Maximilien Kolbe sera empoisonné par intraveineuse au bout de quatorze jours. La responsabilité de Maximilien Kolbe comme son sacrifice est clairement assumé non plus seulement pour Dieu, mais pour un de ses contemporains, pour un autre homme, manifestant profondément ce que peut signifier la responsabilité jusqu'à la substitution; assumer ce dont l'autre est coupable. Mourir à la place d’un autre prisonnier tout juste parce qu’il a des enfants et qu’il est père n’est-t-il pas symptomatique et énigmatique ?
         La vie s’impose : « Pour qui es tu prêt à mourir » ou mieux « pour qui vaut-il la peine de vivre » au-delà du bavardage stérile et de la pure conceptualisation?
         Maximilien Kolbe en posant le principe de la valeur absolue de la famille à tel point qu’il préfère mourir pour qu’un père de famille vive, interpelle la conscience de notre temps par rapport à la banalisation qu’il est facile de constater dans la société et dans les familles elles-mêmes. Il est facile de voir en effet aujourd’hui comment la famille est plus un poids et un handicap même plutôt que la voie de la réalisation. Il n’est pas rare en effet d’entendre dire ou d’entendre incriminer la famille par rapport à un ensemble de situations psychologiques et sociales.
         Le penseur judéo français Emmanuel Levinas évoque justement le martyre Maximilien Marie Kolbe comme confirmation contemporaine de la garantie du caractère sacré de la paternité[1] et l’ affirmation de sa transcendance. Dans le contexte de vide éthique grandissant où on appelle le bien mal et le mal bien, Ce récit pose aussi la question de la place de l'autre dans le jaillissement des valeurs et des motivations éthiques du sujet. L’autre est-il une chance pour ma réussite ou réellement un enfer? De toute façon, seuls ceux qui savent la valeur de la relation, le prix de la famille sont capables de sacrifice pour ces trésors. Oui j’en ai la certitude ; la famille constitue encore le pilier de l’édifice social. C’est la première école de socialisation. L’enfant naît au sein de la famille. Il y reçoit une éducation qui façonne son rapport à la société. En famille aussi l’enfant reçoit la foi. En famille, il acquiert les valeurs traditionnelles et ancestrales. En effet, le milieu africain béninois d’où je suis issu et où j’ai grandi puis le milieu italien européen où je suis venu étudier, m’ont présenté chacun pour leur part, un panorama spécifique de la famille même si on note des recoupements.
         Par delà les aspects positifs, naturels et culturels, on est fortement interpellé tant par les antagonismes culturels que par les oppositions liées aux options sociales, par les banalisations que subissent certains repères anthropologiques fondamentaux, par la superficialité avec laquelle sont considérés certains principes éducatifs, par la violence verbale qui soutient certaines revendications politiques, par les réductions opérées pour conviction idéologique au lieu de prendre en compte la personne humaine, sa réalisation et dans son épanouissement.
         Comment retrouver et marcher comme l’indique Jean-Paul II, sur «la route qui conduira la famille au cœur de sa vérité profonde ? Oui il y a le Christ mais il y a aussi les signes des temps c’est-à-dire des évènements qui sont l’expression du bien que souhaite Dieu pour tous. L’expérience de Maximilien Kolbe n’est pas une légende mais école de vie pour qui choisit de se réaliser au parfum des valeurs authentiques. 
         Donner sa vie à la place d’un autre pour la simple raison que lui a une famille qui aurait besoin de sa présence ? Quel échange merveilleux qui éveille du sommeil de la banalisation et de l’inconscience de la goujaterie puis imprime une leçon de vie, je pense ; le père est au-delà de la génération biologique. Le père est au-delà des fonctions sociales. Le père est plus que le mari d’une femme. Le père est responsabilité et engagement à la vie à travers un amour dont la fécondité dispose à se décentrer de soi-même afin de se retrouver dans un autre, un étranger à moi qui est pourtant moi puisqu’il me révèle à moi comme père. En effet ce n’est qu’en voyant justement ses enfants hors de lui que le père imagine et connait ce qui était déposé en lui. Grâce à cette existence filiale qui s’éloigne de lui, qui lui échappe sans cesser de le concerner, le moi parental ou paternel ne cesse pas d’être moi, mais il n’est plus « moi-même». Ainsi avoir une descendance, c’est une manière pour moi d’avoir des possibilités qui, de quelque façon, sont au-delà de mes possibilités.
         Qu’en penses-tu ? Est-ce possible de faire de même ? oui, toujours, aimons nous les uns les autres mais pas seulement en paroles mais surtout en actes et en vérité.

Celestin AVOCAN
celzath@libero.it

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[1] Cf. Jean-Paul II, K. Wojtyla, Maximilien Kolbe, patron de notre siècle difficile, P. Lethielleux, Paris 1982, 86.