Face à la tentation de la division, de la rupture, du divorce et du péché, l’homme vit un double dilemme : il est libre de se tourner vers Dieu, d’entrer en relation avec la personne divine ; ou au contraire de se tourner davantage encore vers lui-même.
L’homme effectue un repli sur soi conscient et, rejetant ainsi Dieu, se retourne contre Lui. Cet « amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » selon Saint Augustin ; se présente le plus souvent comme repli sur soi et se manifeste à travers un amour désordonné de soi- c'est-à-dire, non ordonné à Dieu avec lequel il est en relation et conduit fatalement l’homme, par orgueil, à déterminer sa propre vision de la vie, du bien et du mal dans une expérience de vie vide de sens.
La crise d’identité qui a cours de nos jours a certainement pour fondement, cette dimension tautologique de penser et d’aimer. Je suis moi et rien ne me pousse à me préoccuper de toi car je ne veux rien savoir de ta vie. Ainsi je me sens en paix .Je me préoccupe de mes affaires; débrouille toi pour les tiennes. Tel semble en être l’idée de base.
Mais qui peut porter de l’avant sa vie sans avoir besoin d’un autre? S’ouvrir aux autres n’est-il pas le signe que nul possède quelque chose qui ne lui soit advenu sans transiter par le truchement des autres? La crise d’identité de l’homme a donc souvent comme racine le refus du don de soi ou encore la résistance au don et la fermeture dans le cocon du repli sur soi. On imagine se suffire dans la façon de penser, on se convainc de pouvoir exister par soi; tout autour de soi provoque gêne sinon devient enfer que l’on identifie aux parents, aux enfants, aux amis. Le trésor, la perle, la beauté, on les identifie à soi-même et on diabolise les autres. C’est le refus de la différence qui étouffe toute altérité par une rébellion désireuse de réduire les autres aux fantasmes personnels. On pense ainsi Dieu seulement comme la force soumise à nos propres caprices et fantaisies sinon on le maintient à la porte tant que des exigences familiales ne rendent nécessaire le recours à Lui. C’est encore un mépris de Dieu par démesure de l’amour de soi-même.
Cette attitude de repli sur soi que nous nommons tautologie enlève à chacun son prénom et son nom et transforme l’homme en objet car c’est la relation qui valorise la personne humaine comme née d’un père et d’une mère. Lorsque la famille se replie donc sur elle-même, elle brassera certainement du vide sinon du vent, de la haine, de l’anxiété. En effet le nom et le prénom ne sont-ils pas pour tout homme, la mémoire de l’altérité où chacun est soutenu dans un arbre généalogique?
Chaque famille s’appuie ainsi sur une autre famille et remonte à la Famille de Dieu qui est Trinité. Voilà pourquoi qui rejette les autres, met également Dieu à la porte. Dans ces conditions dites-nous comment retrouver le prix du sacrifice et du don de soi pour les autres? Le mépris de Dieu ne donne-t-il pas lieu à la loi du chacun pour soi? Qu’en dites-vous? Que deviendrait la vie si chacun perd la mémoire du lieu d’où il provient?La crise de la paternité et de la maternité n’est-elle donc pas également liée à la crise de la filiation et à la crise de la foi?
Comprend on alors pourquoi l’amour ne peut pas demeurer seulement une question privée et qu’on puisse l’ouvrir à travers des institutions à la vie publique et à sa dimension religieuse? Ton amour concerne la société, il concerne Dieu et l’Église si tu te décides à te réaliser en fondant une famille et non à jouer.
Celestin AVOCAN
celzath@libero.it
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