venerdì 13 gennaio 2012

POUR LA FAMILLE AUTHENTIQUE ENRACINÉE SUR LA PERSONNE

      Tout en tenant compte des multiples analyses et essais sur l’homme, nous allons privilégier la perspective du don. De fait, aucune réflexion pour systématique et scientifiquement argumentée qu’elle soit, n’est en mesure d’épuiser par son explication, l’humain. Par expérience[1], on n’emprisonne pas la lumière, elle s’irradie toujours de par les doigts. La personne humaine aussi survit ainsi à toute définition et ne rentre pas dans la catégorie des objets explicables à partir de leur forme apparente. La personne s’accomplit plutôt à travers le processus de la vie. On la découvre et on la reconnaît mieux dans le don réciproque et dans la collaboration à faire, à fabriquer ou à produire. Malgré tout cela la personne humaine semble une surprise permanente, un mystère. A partir du rôle médiateur du corps humain, nous comprendrons les relations qui à travers les dons acquièrent une visibilité et constituent des liens où chacun dans un mouvement de don et de réception enrichit son identité.
      En réalité, le corps humain passe infiniment la masse matérielle qu’on lui perçoit et à laquelle on le réduit. Le corps individualise et indique son porteur mais l’homme n’a pas que son corps, il est surtout son corps et à ce titre c’est par et avec son corps que l’on perçoit les réelles aspirations humaines. Par ricochet si l’homme est plus que son corps, les faits extérieurs ne suffisent pas à eux seuls, pour comprendre la vie d’une personne. On a besoin de connaître ses rêves, ses rapports avec la famille, ses états d’âme, ses frustrations et déceptions, ses maladies, sa mort. En effet l’unique vraie unité de la personne est celle qui synthétise les contradictions et les irrationalités. Jean-Paul II, dans ses catéchèses de mercredi a tenté de main de maître, de lire le texte que représente la personne humaine à partir de la merveille du corps sexuellement différencié. Pour le pontife, c’est la différence sexuelle qui oriente les hommes, les uns vers les autres. C’est à travers elle que se déclenche la tension qui stimule chacun à sortir de soi, en un exode vers les autres. A travers l’expérience de la différence sexuelle, toute présence de l’un devient souvent enrichissement pour l’autre et la vérité de la personne advient dans ce dialogue. C’est donc dans et à travers son corps, que l’homme existe comme personne ex-statique de l’autre personne, suivant son désir d’être davantage lui-même. Pour Jean-Paul II, le corps est à ce titre, le sacrement primordial de la création comme don et qui invite au don de soi[2]. Cela veut dire que la vérité de la personne humaine est communion et non quelque chose de privé. A ce sujet, les trois premiers chapitres du livre de la genèse utilisés par le pape, restent assez suggestifs. L’esthétique du corps humain, l’esthétique de son exode hors de lui-même introduit dans le processus de la naissance de la société comme renaissance continuelle de chaque personne s’ouvrant à une autre. Ainsi le corps pose l’homme à sa place de créature, certainement au sommet des choses créées mais le corps est aussi le moyen par lequel l’homme personnalise toute la création. Le corps est donc le lieu où intervient la médiation entre l’homme et le monde puis entre l’homme et son Créateur.
      Nous nous approprions ici, non seulement des convictions de l’anthropologue et vice-président de l’Académie pontificale pour la vie monseigneur Jean Laffitte[3], mais nous donnons ici écho également tant à la Gaudium et spes[4] qu’aux convictions anthropologiques de la phénoménologie personnaliste selon laquelle le corps pour Gabriel Marcel est une frontière oscillant entre l’avoir et l’être, mi chemin entre un objet passif, subi (Korper) et un fait ou une réalité assumée (Leib). Le corps dans son rôle de médiation entre l’homme et son créateur confère alors une dignité particulière à l’homme puis met en lumière un double aspect de son origine et de sa destination: il est créé par Dieu, il ressuscitera au dernier jour. L’homme dans sa corporéité synthétise ainsi en soi, à travers l’unité de l’âme et du corps, les éléments du monde matériel qui également à travers lui sont orientés vers la transcendance. Il n’est alors pas bien de réduire le corps à une matérialité manipulable à loisir[5], ni de déprécier le corps humain qui est par excellence lieu fondateur de toute relation et surtout lieu de révélation de la personne.

Celestin AVOCAN
celzath@libero.it

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[1] Cf. A. SCOLA, Il Mistero Nuziale. 1. Uomo-Donna, PUL, Roma 2006, 5. L’auteur évoque la longue chaîne d’auteurs qui depuis des millénaires ont voulu comprendre ce qu’est l’amour et pourtant la réalité continue à échapper à toute définition. Si l’amour demeure une dimension constitutive de la vérité sur la personne humaine, la réflexion de Evdokinov sur le sacrement de l’amour et rapportée par Scola montre ici sa pertinence quand il dit, personne du nombre des poètes et des penseurs n’a trouvé la réponse à la question: qu’est ce que l’amour? (…) Voulez-vous emprisonner la lumière? Elle vous échappera par les doigts. « Nessuno tra i poeti ed i pensatori ha trovato la risposta della domanda: Che cosa è l’amore? Volete imprigionare la luce? Vi sfuggirà tra le dite». 
[2] Cf. JEAN-PAUL II, Homme et femme il les créa. Une spiritualité du corps, Cerf, Paris 2005, 103-106.
[3] Cf. J. LAFFITTE (a cura di) , « La vocazione dell’uomo alla comunione», in Amore coniugale e vocazione alla santità, Effatà Editrice, Torino 2006, 25-39.
[4] Cf. CONCILE OEUCUMENIQUE VATICAN II, Gaudium et spes, n. 14; 22. L’incarnation du Christ au delà du fait qu’elle constitue un objet d’étude, dans l’expérience constitue premièrement pour chacun, une source de lumière pour atteindre la vérité de l’existence. De plus, en la seule et unique personne du Christ nous avons, réunies deux natures distinctes, la nature humaine et la nature divine où la nature divine n’anéantit pas celle humaine; voilà surtout une lumière pour l’analogie corps-âme (cœur) qui constitue et révèle aussi la personne humaine comme totalité concrète puis comme condensé de liberté et d’amour, deux pôles qui, au contraire au lieu de s’opposer, sont en étroite relation.
[5] Cf. JEAN-PAUL II, Veritatis splendor, n. 91 et la note 143. Un important développement sur le martyre comme signe de l’inviolabilité de l’homme capable de perdre, et en premier la vie corporelle, plutôt que d’offenser ou de porter atteinte à la justice et à la vérité divine. L’extrait cite en exemple la dimension corporelle d’un tel sacrifice en évoquant Jean-Baptiste: à cause de son refus de taire la Loi de Dieu.

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