La famille selon ses manifestations propres, se présente en tant que institution naturelle, divine et culturelle. Son cachet naturel est lié à sa dimension de lieu de la génération et de l’éducation : la vie y surgit entre un homme et une femme, unis par l’amour pour la vie à partir et à travers le mariage c’est à dire, des pratiques, des usages et des coutumes propres à chaque culture qui fondent et mettent en évidence dès le départ, le caractère public et définitif de leur engagement qui s’exprime comme une communauté où on vit ensemble en s’aimant. La famille permet dans ce sens, à plusieurs générations de se côtoyer, les grands parents, les parents, les enfants.
Malgré cette communion, chaque famille fait l’expérience de sa propre vulnérabilité à travers les imprévus, les manques, les blessures de la vie, ensemble de chose qui la renvoie à un au-delà d’elle même comme ouverture à la transcendance. La famille ne peut être en elle même sa propre fin. Percevoir les valeurs familiales ne doit pas conduire au familialisme. Il peut exister un totalitarisme familial comme il existe un totalitarisme étatique. La famille en effet peut devenir étouffante, possessive, intolérante. Chaque famille a besoin des autres familles comme modèle et exemple puis de s’appuyer sur une espérance qui dépasse sa propre expression matérielle. En famille, n’a-t-on pas besoin de courage, de joie, d’espérance, de prévoir le futur, de se donner l’un à l’autre, de supporter ensemble les souffrances ? Ces aspects réclament un au-delà de la famille qui suggère que la famille nécessite et renvoie « un ailleurs » qui est Dieu si elle ne veut pas manquer de souffle chemin faisant.
La dimension culturelle de la famille se déploie à travers l’effort conjugué de toutes les époques dans le temps et dans l’espace d’améliorer les moyens et les personnes pour offrir à la famille de devenir toujours plus un réel cadre d’humanisation où au fil des ans l’homme devient plus homme et se préoccupe davantage d’être -plus que d’avoir - plus. Malheureusement, l’engagement culturel de la société semble parfois combattre le caractère naturel de la famille au nom du progrès que de l’aider. Ainsi en pâtit la société et parfois la vérité de la personne et de la famille est gommée sinon sacrifiée à l’autel de l’orgueil des hommes de culture. Les institutions ou les personnes qui en prennent la défense sont couvertes de sarcasme car les pouvoirs d’ardent, de sexe et de drogue, retentissent plus fort des fois que la vérité.
On peut alors par moments s’interroger : Quel avenir pour la famille ? Cette question suscite sans doute chez beaucoup, une inquiétude. Quel est donc l’avenir de cette famille fragilisée, soumise à tant de crises, devenues, selon l’expression de Louis Roussel ‘’incertaine’’, incertaine aussi bien dans ses formes, ses normes, ses valeurs, ses rites, que dans son aspect institutionnel ? L’homme d’Eglise, le passionné d’anthropologie et de philosophie Jean-Paul II a décrit dans les années 80, la famille contemporaine en des termes bien suggestifs :
«La situation dans laquelle se trouve la famille présente des aspects positifs et négatifs: les uns sont le signe du salut du Christ à l'œuvre dans le monde; les autres, du refus que l'homme oppose à l'amour de Dieu.
Car, d'une part, on constate une conscience plus vive de la liberté personnelle et une attention plus grande à la qualité des relations interpersonnelles dans le mariage, à la promotion de la dignité de la femme, à la procréation responsable, a l'éducation des enfants; il s'y ajoute la conscience de la nécessité de développer des liens entre familles en vue d'une aide spirituelle et matérielle réciproque, la redécouverte de la mission ecclésiale propre à la famille et de sa responsabilité dans la construction d'une société plus juste Mais, par ailleurs, il ne manque pas d'indices d'une dégradation préoccupante de certaines valeurs fondamentales: une conception théorique et pratique erronée de l'indépendance des conjoints entre eux; de graves ambiguïtés à propos du rapport d'autorité entre parents et enfants; des difficultés concrètes à transmettre les valeurs, comme bien des familles l'expérimentent; le nombre croissant des divorces; la plaie de l'avortement; le recours sans cesse plus fréquent à la stérilisation; l'installation d'une mentalité vraiment et proprement contraceptive.
A la racine de ces phénomènes négatifs, il y a souvent une corruption du concept et de l'expérience de la liberté, celle-ci étant comprise non comme la capacité de réaliser la vérité du projet de Dieu sur le mariage et la famille, mais comme une force autonome d'affirmation de soi, assez souvent contre les autres, pour son bien-être égoïste.
Un autre fait mérite également notre attention: dans les pays du tiers monde, les familles manquent souvent aussi bien des moyens fondamentaux pour leur survie, tels que la nourriture, le travail, le logement, les médicaments, que des plus élémentaires libertés. Dans les pays plus riches, en revanche, le bien-être excessif et l'esprit de consommation, celui-ci étant paradoxalement uni à une certaine angoisse et à quelque incertitude quant à l'avenir, enlèvent aux époux la générosité et le courage de susciter de nouvelles vies humaines: souvent la vie n'est plus alors perçue comme une bénédiction, mais comme un péril dont il faut se défendre.
La situation historique dans laquelle vit la famille se présente donc comme un mélange d'ombres et de lumières.
Ce mélange montre que l'histoire n'est pas simplement un progrès nécessaire vers le mieux, mais un avènement de la liberté, et plus encore un combat entre libertés qui s'opposent, c'est-à-dire, selon l'expression bien connue de saint Augustin, un conflit entre deux amours: l'amour de Dieu, poussé jusqu'au mépris de soi; l'amour de soi, poussé jusqu'au mépris de Dieu.
Il s'ensuit que seule l'éducation de l'amour enracinée dans la foi peut conduire à acquérir la capacité d'interpréter les «signes des temps», qui sont l'expression historique de ce double amour » (Familiaris Consortio n° 6).
A ces avancées se joint un avantage de toute situation de crise : cela fait réfléchir. La crise est ‘’un moment critique’’ qui conduit à poser les questions fondamentales, à être plus conscient, à s’interroger sur l’essentiel et l’accessoire, dans de nombreux cas à rechercher l’authenticité. Mais les mutations récentes ont été cause de beaucoup de souffrances : notre société peut elle continuer à prendre en dérision au vu et au su de tous des vérités existentielles qui engagent l’avenir de tous ? Que sert à l’homme toute sa peine sous le soleil si c’est pour détruire ? Osons ensemble quelque chose dans ce cadre de débats pour contribuer à la construction du futur. Mais sur quels aspects devrions nous, nous pencher davantage sans alarmisme ni négativité ? Notre conviction demeure que malgré tout c’est toujours exaltant d’oser fonder une famille car la famille au-delà de sa fragilité est l’avenir de la société.
Celestin AVOCAN
celzath@libero.it
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