L’être humain est structuré comme un être de relation. De fait, chacun est orienté vers un autre. Ceci se note déjà à travers la vie reçue. Cette vie par ailleurs ne grandit qu’avec la médiation de plusieurs autres personnes. Ainsi la relation détermine l’équilibre personnel. La vie pour cela n’est pas séparation ni repli sur soi. Elle est, avant tout, participation, élan d’amour qui implique un exode de soi vers un ailleurs que soi. Au père, restera alors habituellement liée, dans toute culture, par exemple, l’idée de filiation subséquente à une vie d’union de deux personnes de sexe différent, ouvertes à la fécondité. Cette expérience excède toute définition et toute conceptualisation: elle s’ouvre plutôt au don. Cette vision valorise davantage la famille comme lieu du donner et du recevoir où chacun se reçoit en tant que personne (pro-soppon en grec) comme « un dérivé de », toujours en tension pour communiquer quelque chose de soi à l’humanité de qui chacun reçoit infiniment par le biais des diverses générations. La famille comme telle est lieu de devoir et de droit parce que école d’humanité.
Malheureusement au fil des ans, chacun assiste impuissant au spectacle de la famille qui passe étonnement culturellement pour lieu de profit, de violence, du règlement de compte où prédomine la logique de l’opposition et du conflit de l’un contre l’autre ou du tous contre tous ; mais sans doute parce que prédomine la logique du calcul, de l’instrumentalisation, du divorce, du contrat contre la dynamique du don. Se donner est-il un prêt de soi-même pour un temps quitte à réviser ses intentions dès qu’on le veut ? Si tel en est le cas, on imagine que la société puisse disposer des techniques les meilleures actuellement mais soit en perte de vitesse en ce qui concerne l’humanum. Où sont les personnes à imiter? Progrès ou régression ?
Réagissons au contact du texte ci-après qui est une interpellation à soigner les relations pour sauver le bien commun à partir de la familiale :
«Nous avons tous à cœur le bien des personnes que nous aimons, en particulier de nos enfants, adolescents et jeunes. Nous savons, en effet, que c'est d'eux que dépend l'avenir de notre ville. Nous ne pouvons donc qu'être attentifs à la formation des nouvelles générations, à leur capacité de s'orienter dans la vie et de discerner le bien du mal, à leur santé non seulement physique, mais aussi morale.
Éduquer n'a toutefois jamais été facile et cela semble devenir encore plus difficile aujourd'hui. Les parents, les enseignants, les prêtres et tous ceux qui exercent des responsabilités éducatives directes le savent bien. On parle donc d'une grande "urgence éducative" confirmée par les échecs auxquels se heurtent trop souvent nos efforts pour former des personnes solides, capables de collaborer avec les autres et de donner un sens à leur vie. Nous en rejetons alors spontanément la faute sur les nouvelles générations, comme si les enfants qui naissent aujourd'hui étaient différents de ceux qui naissaient jadis. On parle, en outre, d'une "fracture entre les générations", qui existe certes et qui est importante, mais qui est l'effet, plutôt que la cause, du manque de transmission de certitudes et de valeurs.
Devons-nous alors rejeter la faute sur les adultes d'aujourd'hui, qui ne seraient plus capables d'éduquer? La tentation de renoncer est certainement forte, chez les parents et chez les enseignants et, plus généralement, chez les éducateurs, et plus encore le risque de ne pas même comprendre quel est leur rôle ou mieux, la mission qui leur est confiée. En réalité, ce qui est en question ce sont non seulement les responsabilités personnelles des adultes ou des jeunes, qui existent effectivement et ne doivent pas être cachées, mais aussi une atmosphère diffuse, une mentalité et une forme de culture qui conduisent à douter de la valeur de la personne humaine, de la signification même de la vérité et du bien, en dernier ressort, de la bonté de la vie. Il devient alors difficile de transmettre d'une génération à l'autre quelque chose de valable et de certain, des règles de comportement, des objectifs crédibles autour desquels construire sa vie».
(Message du pape Benoit XVI à la ville de Rome le 21 janvier 2008). Comment redonner aux familles la splendeur de leur vérité comme lieu des relations les plus saines?
Celestin AVOCAN
celzath@libero.it
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