Jalons pour une pastorale de la dot
matrimoniale dans la culture africaine
La dot vue sous le régime du don ne paraît pas en soi contraire au droit
naturel, ni incompatible avec le mariage chrétien. De fait l'interrogatoire
pour la préparation au mariage chrétien la suggère encore. Si le don constitue
le cœur et l'essence du Christianisme, en quelle mesure le Christ dans sa vie
concrète toute donnée à l’Eglise et à
l'humanité, pourrait-.il éclairer la réalité de la dot, la purifier et élever
sa signification.
Trois
interrogations émergent et indiquent des défis pastoraux, à savoir en un
premier temps, comment combler et trouver une solution au désir obstiné de la
plupart des familles qui dans leur pauvreté, pensent saisir le mariage d'un de
leur enfant comme une occasion pour sortir du manque et trouver un rang social
meilleur, convaincue que le partage honnête réhabilite les uns et les autres?
Dans un second temps, le synode des évêques pour l'Afrique en 1994 a orienté la ligne pastorale
vers une inculturation de l'Eglise comme Famille de Dieu, afin de constituer
les familles en église domestique pour une évangélisation en profondeur; au
delà des débats autour des modalités d'application des rites du mariage,
comment à travers l'univers symbolique qui construit la cohésion sociale faire
vivre et signifier l'alliance du Christ et de l'Eglise en sauvegardant au
mariage son cachet personnel entre deux sujets et son cachet social impliquant
Dieu lui même et qui ainsi engage l'avenir de toute la communauté construite
sur le don réciproque? Enfin, comment
selon la structure de la dot à purifier de toutes confusions, faire de la
communauté même le lieu de l'accomplissement du sacrement dans la mesure où on
n'existe qu'avec les autres au-delà des seuls parents, réalité possible
seulement si l’Eglise particulière évite de détruire l'expression symbolique du
mariage coutumier[1]
en lequel s'exprime et se reconnaît le groupe social.
Toutefois,
ce sont en effet les époux, par leur choix libre et leur consentement
réciproque qui constituent leur mariage et sa validité. Et le pape Pie XI, dans
l'Encyclique Casti Connubii du 31 décembre 1930
a exposé de façon claire les conditions de validité et de licéité du mariage chrétien où
l'insistance sur le caractère conjugal, propre et personnel du consentement
donné par le contractant, est mise en valeur. De fait la crainte grave et
la violence vicient le consentement et peuvent provoquer une simulation qui
rende le mariage nul. Par ricochet, le consentement des parents n'est pas
nécessaire à la conclusion du mariage. Aucune autorité familiale ou sociale ni
ecclésiastique ne peut par elle-même établir un homme et une femme en état de
mariage. L'Eglise eut à lutter pour maintenir ce principe à l'encontre du pouvoir
civil de l'ancienne Europe, qui déclarait le consentement des parents
nécessaire à la validité du mariage comme il l'était en Droit romain, et dans
les antiques coutumes germaniques. Au XIIème siècle, le Pape III affirma que le
consentement des époux suffisait pour qu'il y ait mariage (décret du 15 Juillet 1198,
Dz. 404). Le concile de Florence en 1439, ratifiait cette doctrine, que le
concile de Trente devait affirmer en sa session XXIV (Dz.990). Léon XIII
écrira: «L’Eglise limite dans la mesure voulue, le pouvoir des pères de
famille, afin que la pleine liberté des fils et des filles désireux de se
marier, ne soit en rien diminué». Il s'agira de voir aujourd'hui, comment
sauvegarder la qualité du consentement et d'offrir tout de même une dimension communautaire
plus grande comme protection du mariage dans son unicité et dans son
indissolubilité.
Célestin AVOCAN
celzath@libero.it
[1] Selon l’analyse sémantique des mots
et symboles employés au sud Bénin pour définir la dot, il n’existe pas de
mariage sans dot et vis-versa. Ainsi sans dot, le femme est considérée comme
prisonnière parce que déportée, ou pour esclaves parce que dégradée dans sa
personne. Nous découvrons cela dans les
analyses de Angelo Tosato pour l’Orient biblique dans la réalité du
« prendre femme ».
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