La dot en occident
NB :Ce texte a avant tout pour but d’informer
sur les étapes historiques du mariage dans ses rites.
Dans le domaine du mariage,
l’occident laisse découvrir deux[1] types
de transfert de biens à savoir le modèle romain de la dot et l’exemple
germanique du douaire. La dot romaine était dès l’antiquité constituée par les
biens apportés par la femme au mari (sui
juris) ou par d’autres (son père si elle est alieni juris ou des étrangers), en vue de subvenir aux charges du
ménage et notamment à l’entretien et à l’éducation des enfants. La dot
embrassait et couvrait beaucoup de réalités juridiques dont les détails
n’intéressent guère notre problématique et qui se succédèrent, s’embrouillèrent
et se clarifièrent au cours de la longue histoire allant de la fondation de la République romaine à
l’âge classique du Droit, et s’étendant successivement à l’empire, au Moyen âge
et aux temps modernes.
Ces différentes étapes ont reflété une vision
de la famille comme institution marquée plus ou moins par de nouvelles
conceptions du mariage où la dot imprimait un impact. Mais si la dot venait de
la femme dans la Rome,
la dot germanique avait un destinataire différent. Il faut d’entrée de jeu
rappeler que le terme germanique lui-même aujourd’hui peut prêter à confusion,
n’étant plus le parallèle de latin[2]. Le
groupe germain, avant les invasions, connut un système de transfert matrimonial
qui évolua du rapt au mundium. Avant
les grandes invasions, le rapt y aurait été la forme la plus répandue du
mariage. Ce mariage certainement rebutant disparut devant le mariage par achat
bien plus humain à cette époque-là. Le mariage conciliable avec les droits de
la famille de l’épouse qui préférait toujours donner le pouvoir sur la femme à
travers les formes normales du mundium au
lieu de se contenter d’un accommodement tardif. Le fiancé lui-même ne
regrettait pas la perte de la somme amende (launegildo)
infligée au ravisseur, en échange de la fiancée. Le mundium étymologiquement, semble dériver ou de munts (main), pouvoir, ou de mund
(bouche). La famille de l’épouse par l’intermédiaire du chef cédait sa voix,
son mundium. Quelle que soit la
provenance étymologique du mundium,
la réalité sous jacente est la même. L’époux devait aux parents de la fiancée
le « pretium
nuptiale». En contrepartie, ils s’engageaient à lui donner sa fille traditio puellae. Pour certains auteurs,
le pretium nuptiale et la traditio puellae constituaient un seul
acte juridique en conformité avec la théorie des contrats réels du monde
antique.
Autres dons interviennent
comme le don du matin (Morgengabe)
offert à la nouvelle épouse par son nouveau mari le lendemain des noces en
signe de respect pour la virginité de
l’épouse comme font tous les peuples dont les bonnes mœurs sont encore intactes. Mais après les grandes invasions,
le brassage des peuples entraîne aussi celui des coutumes et de l’institution
dotale. Apres la renaissance du Droit romain avec l’Ecole de Bologne, les
Germains laissent peu à peu tomber la Morgengabe mais font adopter à leurs hôtes le
système du chèque en faveur de la femme, comprenant la dot et la tertia collaborationis ou la quarta.
Pour finir, ni le système
dotal germanique, ni celui romain ne resta intact. De plus la constellation des
pays à dot ex marito et à dot ex muliere
nous montre combien l’acculturation des peuples, suppose l’adaptation de leurs
coutumes familiales aux nouvelles situations de temps et de lieu. Mais la dot
ressort ici comme une expérience humaine qui rentre en ligne de compte du sens
qu’on imprimait au mariage. Continuons avec le sens de la pratique sous
d’autres ères géographiques.
Célestin AVOCAN
celzath@libero.it
[1] M.
BARENGAYABO, La dot matrimoniale
au Burundi, PUL, Rome 1975, 20-32.
[2] Ibid., 161-165. Germain indiquait à l’époque
de l’empire romain autrefois les peuples européens apparentés par la langue
d’oïl et d’oc avant la latinisation. Aujourd’hui, l’adjectif germain fait
penser immédiatement à l’Allemagne. Notre texte renvoie au premier sens dans ce
passage spécifique.
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