La dot en orient biblique
La première phase du processus
matrimonial israélite sont les fiançailles. C’est à cette étape, que se reçoit
le consentement des familles en vue de conclure le lien matrimonial.
Dans le mariage il y a des biens que la femme
doit apporter de chez les siens avec elle. Chez les Hébreux, la dot appelée « mohar»[1]
est une caution versée en nature ou en espèces aux parents de la fiancée. Si
chez les anciens chaldéens, la jeune épouse emmène une dot et des cadeaux, cela
n’empêche pas que le jeune homme soit strictement obligé de donner le « mohar».
Le mohar s’impose au futur. On s’entend selon le bibliste italien
Angelo Tosato dire que le mohar n’est pas dans l’accord en vue du
mariage seulement une convention personnelle mais une convention conditionnant
et de caractère patrimonial. On mentionne que l’Ancien Testament n’évoque
qu’une seule fois la dot en parlant de pharaon roi d’Egypte. Ce dernier avait
conquis Guèzèr puis l’a offert en dot à sa fille, femme de Salomon[2].
Par contre l’Ancien Testament parle de mohar[3]
explicitement trois fois. Ainsi Sichem se déclare disposé à donner un mohar élevé pour Dina qu’il a séduit[4].
Saül veut faire savoir à David qu’il n’attend pas de mohar pour Mikal[5]. Des
ordonnances sont prévues aussi pour qui corrompt une fille nubile[6] ;
il lavera son ignominie en la prenant en mariage après avoir versé le mohar. Les informations sur le mohar sont plus abondantes que sur la
dot en Israël. Si on en parle en termes d’argent, selon Tosato, c’est plus un
ensemble de comportement régulé par la coutume et accompli par l’époux dans le cadre de la stipulation de l’accord
matrimonial[7].
Mais Angelo Tosato a choisi de décrire
l’institution de la famille en Israël pour y mettre en relief une vision du
monde bien autre de celle occidentale. Dans la culture israélite, il existe
trois schémas d’engagement qui impliquent la femme et qui font bien ressortir
également le rôle de la dot. Tosato parle de déportation de la femme comme
évènement historique habituel. De fait les fils de Jacob emportent et font
prisonnières les Sichemites.
Le même sort toucha aussi les
dames de Madian[8],
celles de Ciqlag[9] et
les femmes de David[10].
En effet, il s’agit de porter en prison et de faire prisonnières des femmes en
les réduisant en esclavage. Il y a analogie dans le fait d’emporter avec le
mariage dans lequel on prend aussi une femme. Mais la modalité est diverse.
Dans les cas de déportation, on note une
absence de négociation car on vit une rapine qui est entachée plutôt
d’imposition. Or dans le mariage, on perçoit souvent une cordiale rencontre de
négociation en vue de créer les liens de parentés pour une joyeuse et prospère
cohabitation. Dans le cas de la déportation, il y a une éclipse au don car les
femmes ne sont pas données et ne se sont pas données non plus comme cela a lieu
dans le mariage. Se retrouver en prison c’est tomber en esclavage[11].
La coutume de la dot met en relief le
caractère dialogique perceptible dans le mariage contrairement aux cas de la
déportation et de la réduction de la femme en esclavage. Toutefois, la femme
qui est esclave peut obtenir sa liberté dès qu’elle est demandée en mariage.
Mais le cas était rare car habituellement les femmes pour retrouver leur
liberté fuyaient. Dans certains cas, on proposait en Israël à l’esclave
étrangère pour l’aider à récupérer sa liberté et se racheter, le mariage quand
le patron lui-même ou l’un de ses proches tombait amoureux d’elle; la dot
intervient souvent. Angelo Tosato tire au clair aussi le cas où la femme est
prise et utilisée comme prostituée[12].
Les parents, quand ils en viennent à le savoir, prennent parfois vengeance
cruellement car pour le peuple cette attitude est déshonorante pour la famille.
Les relations homme femme sont régies par une organisation.
Célestin AVOCAN
celzath@libero.it
[1] Les livres de l’Ancien testament sont une
source d’informations sur la pratique en Orient d’après les recherches de A. TOSATO, Il
matrimonio israelitico. Una teoria
generale, Roma 1982 (Analecta Biblica 100).
[2] Cf. 1R 9, 16. Le terme est repris en Mi
1,14.
[3] Selon Tosato plusieurs documents étudient le mohar selon son rôle dans les négociations pour le mariage et lui substituent le
terme « prix sponsal» ou « don sponsal».
[4]
Cf. Gn 34, 12.
[5] Cf. 1Sam
18, 25.
[6]
Cf. Is 22, 15-16.; Ps
16, 4.
[8] Cf.
Nom 31, 9.
[9] Cf.
1Sam 30, 2-3.
[10] Cf. 1Sam 30, 5.
[11] Cf. Is
14, 2; Ez 12, 3; 2R 5, 2.
[12] Cf. Gn
34, 31.
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